Multiprises qui s’empilent, rallonge qui traverse le salon, téléphone qui se charge dans le couloir : le manque de prises est le symptôme d’une installation sous-dimensionnée. Bonne nouvelle, installer une prise électrique supplémentaire est une opération encadrée par la norme NF C 15-100, et la marche à suivre est parfaitement balisée. Mauvaise nouvelle : l’électricité ne tolère aucune approximation. Ce guide décrit la méthode complète, les cotes à respecter et les limites au-delà desquelles il faut confier le chantier à un électricien.

Couper le courant : la première étape, toujours
Avant de dévisser le moindre cache, coupez le circuit concerné au tableau électrique, et par sécurité coupez également le disjoncteur général. Vérifiez ensuite l’absence de tension avec un VAT (vérificateur d’absence de tension) ou, à défaut, un multimètre : le testeur à néon en tournevis n’est pas un instrument de sécurité fiable. Signalez votre intervention en collant un adhésif sur le tableau pour qu’aucun autre occupant ne réenclenche le disjoncteur pendant que vous avez les doigts dans une boîte d’encastrement. Cette précaution paraît excessive jusqu’au jour où elle ne l’est plus.
Ce que dit la norme NF C 15-100
La norme applicable aux installations électriques des logements en France est la NF C 15-100. Elle fixe des règles simples mais impératives. Un circuit de prises de courant 16 A câblé en 1,5 mm² doit être protégé par un disjoncteur de 16 A maximum et ne peut alimenter que 8 socles au plus. En câblant en 2,5 mm², le circuit passe sur un disjoncteur de 20 A et peut desservir jusqu’à 12 socles. Attention : on compte les socles individuellement, une plaque double comptant pour deux prises.
Côté hauteur, l’axe d’une prise 16 A doit se situer au minimum à 5 cm du sol fini. En salle de bains, la norme impose au moins une prise 16 A 2P+T, placée hors des volumes de sécurité, avec un axe compris entre 5 cm et 1,30 m environ du sol : concrètement, on l’implante au-delà des 60 cm qui délimitent le volume 2 autour de la baignoire ou de la douche, généralement près du lavabo. C’est le même raisonnement de zonage que l’on applique quand on aménage une salle d’eau autour d’une baignoire d’angle.
Choisir la méthode : dérivation, saignée ou goulotte
Trois options s’offrent à vous selon l’état des murs et l’ambition du chantier. La dérivation depuis une prise existante est la plus simple : on repique sur une prise du même circuit, à condition de ne pas dépasser le nombre de socles autorisé. La saignée dans le mur donne le résultat le plus propre mais génère de la poussière et impose un rebouchage puis une reprise de peinture. La goulotte ou la plinthe électrique est la solution de compromis, particulièrement adaptée en location ou quand on veut éviter de casser un mur fraîchement rénové.
| Méthode | Temps indicatif | Coût matériel | Rendu |
|---|---|---|---|
| Dérivation sur prise existante | 1 h à 1 h 30 | 15 à 30 € | Invisible si gaine existante exploitable |
| Saignée + encastrement | 3 à 5 h (hors séchage) | 30 à 60 € | Parfait, mais reprise d’enduit et peinture |
| Goulotte ou plinthe électrique | 1 à 2 h | 25 à 50 € | Visible, réversible, idéal en location |
| Nouveau circuit depuis le tableau | Demi-journée à 1 jour | 60 à 150 € | Solution la plus propre techniquement |
Le matériel nécessaire
- Un VAT ou un multimètre pour contrôler l’absence de tension
- Une scie cloche de 67 mm et une perceuse, pour une boîte d’encastrement standard
- Une boîte d’encastrement (à griffes pour le placo, à sceller pour la maçonnerie)
- Du fil H07V-U ou H07V-K de section adaptée : rouge pour la phase, bleu pour le neutre, vert/jaune pour la terre
- Une gaine ICTA, un tire-fil, une pince à dénuder et un tournevis d’électricien isolé
- Un mécanisme de prise 2P+T avec sa plaque de finition
La pose pas à pas
Une fois le courant coupé et vérifié, ouvrez la prise source et repérez les conducteurs. Le fil rouge ou marron est la phase, le bleu le neutre, le vert/jaune la terre. Percez l’emplacement de la nouvelle boîte à la scie cloche, en vous assurant au détecteur de métaux qu’aucune canalisation ni aucun câble ne passe derrière. Faites passer la gaine ICTA entre les deux points, tirez les trois conducteurs à l’aide du tire-fil, puis raccordez-les.
Le raccordement se fait en parallèle : la phase de la nouvelle prise rejoint la phase de la prise source, idem pour le neutre et la terre. Dénudez sur la longueur indiquée au dos du mécanisme, ni plus ni moins : un conducteur trop dénudé laisse du cuivre nu apparent, un conducteur trop court ne tient pas dans la borne automatique. Tirez fermement sur chaque fil après insertion pour vérifier le maintien. La terre est obligatoire, sans exception : une prise sans terre dans un logement moderne est un défaut de sécurité, pas un détail.
Fixez le mécanisme dans la boîte, clipsez l’enjoliveur, remettez le courant et testez avec un appareil de faible puissance. Un testeur de prise à trois voyants, vendu une dizaine d’euros, confirme en une seconde que phase, neutre et terre sont correctement câblés.
Les erreurs classiques
Repiquer sur un circuit déjà saturé est l’erreur la plus fréquente : comptez les socles existants avant de vous lancer. Se dériver depuis un circuit spécialisé en est une autre : les circuits dédiés (lave-linge, lave-vaisselle, four, plaque de cuisson) sont réservés à leur appareil et ne doivent recevoir aucun repiquage. Même logique pour les appareils lourds : une hotte de cuisine se branche sur une prise dédiée, tout comme un ballon d’eau chaude qui exige son propre circuit protégé. Enfin, ne mélangez jamais les sections : une portion en 1,5 mm² sur un circuit protégé à 20 A crée un point chaud potentiel.
Quand faire appel à un électricien
Confiez le chantier à un professionnel dès lors qu’il faut créer un nouveau circuit au tableau, ajouter un disjoncteur divisionnaire, intervenir sur un tableau saturé, ou si votre installation ne dispose pas d’une protection différentielle 30 mA. C’est également le cas si le logement n’a pas de mise à la terre, si vous découvrez des fils en tissu ou de l’aluminium, ou si vous alimentez un appareil de forte puissance comme un chauffe-eau thermodynamique. En cas de doute sur la conformité de l’existant, un diagnostic électrique coûte quelques dizaines d’euros et évite de bâtir sur des fondations douteuses.
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